S’en sortir après un inceste
Se faire aider par un psychothérapeute ou un psychanalyste en cas d’inceste
« Reconnaître que ce crime de masse menace la société dans son ensemble »
Édouard Durand, juge des enfants
Propos tenus lors du colloque « Le droit face à l’inceste. Les avancées de la proposition de loi Billon », le 12 juin 2026.
Selon l’association Face à l’inceste, 7,4 millions de personnes en France seraient touchées par l’inceste.
L’inceste constitue une violence spécifique, car il représente une trahison du lien de confiance par une personne le plus souvent aimée et admirée ; une trahison de la filiation, puisque l’inceste est le fait d’une personne à l’intérieur de la famille, soit l’endroit où l’on devrait le plus se sentir en sécurité ; et une destruction, puisque la famille devient un danger.
L’inceste est une violence inouïe. Il atteint le sentiment d’être, d’exister, et modifie considérablement la relation à la réalité et aux autres. Pour survivre, la personne victime d’inceste a dû se couper d’une partie d’elle-même pour continuer à vivre. Cette partie d’elle-même dont elle s’est coupée, c’est celle du traumatisme lié à la violence d’avoir subi des viols dans l’enfance, à un âge où elle ne comprend pas ce qui lui arrive, et encore moins que cela se produise dans un rapport de domination et d’emprise. Le plus souvent, l’agresseur est plus âgé et demande à l’enfant de se taire, de ne rien dire à personne. Ce silence enferme la victime dans une souffrance innommable.
Mais, comme tout traumatisme, la partie coupée de soi finit par reprendre ses droits et souhaite se faire entendre. Elle peut se manifester par des symptômes. Le premier est la dissociation : être là sans y être, être dans le présent sans le vivre réellement, puisqu’une partie de soi reste figée dans un passé traumatique dont elle n’arrive pas à sortir.
Les effets dévastateurs de l’inceste se font sentir sur le corps : de nombreuses maladies auto-immunes se déclenchent à l’âge adulte, comme si la personne gardait enkysté cet ennemi venu de l’intérieur. Ils se manifestent également dans des comportements sexuels à risque, mais aussi dans des conduites addictives. La relation aux autres est également perturbée : les liens sont difficiles et faits de ruptures.
La révélation de l’inceste dans la famille est un choc, mais malheureusement, c’est souvent la victime qui se retrouve isolée et qui perd tous ses liens avec sa famille, frappée par le déni. En plus de subir les effets traumatiques de l’inceste, l’incesté doit également faire face à l’isolement, à la non-reconnaissance de sa souffrance et au déni.
Une psychothérapie avec un psychanalyste offre un espace potentiel de reconstruction de soi. Cette reconstruction passe par la confiance en sa propre parole, en la possibilité de croire que la parole compte et qu’elle constitue un appui pour avancer et créer une voie nouvelle.
La psychothérapie ou la psychanalyse constitue un moyen de laisser place à la parole, là où le silence avait envahi l’espace de soi et des relations.
Le travail thérapeutique permet notamment de mieux comprendre le lien d’emprise, de soumission et de domination que l’inceste a instauré, et qui, le plus souvent, par une compulsion de répétition traumatique, se rejoue dans les relations affectives du présent.
Dans une cure, le patient, ou le psychanalysant, apprend à s’appuyer sur sa parole pour entendre ses besoins et les distinguer de ceux des autres, là où l’inceste détruit cette séparation entre soi et l’autre pour n’instaurer que la confusion dans les liens. Lorsqu’un enfant a été abusé sexuellement par un membre de sa famille, cela crée une abolition de la confiance en l’autre, en l’humanité, et en la possibilité de croire à l’amour, d’être aimé. En effet, comment une personne que l’on aimait, et qui était censée vous aimer en retour, a-t-elle pu vous infliger de telles souffrances ?
Une cure offre la possibilité d’être écouté, entendu et reconnu dans sa souffrance, car après un inceste, la relation à la vie n’est plus jamais la même.
Un apprentissage des relations, de la sexualité, du plaisir, et surtout de la confiance en soi et en l’autre est nécessaire, et rendu possible par un travail psychothérapeutique.
Progressivement libérée du poids de la honte et de la culpabilité, la personne voit le passé agir moins fortement sur le présent. Il devient possible de construire des liens affectifs durables, d’accepter d’être heureux et de vivre de façon plus apaisée.
Cela ne se fait pas du jour au lendemain : il faut du temps, du courage et, surtout, l’espoir d’un avenir meilleur.


