Le traumatisme à partir de Freud et de Lacan

Le corps se souvient du traumatisme : lecture clinique de Freud à Lacan

Illustration de l'article le corps se souvient du traumatisme

Dans Le corps n’oublie rien, l’auteur Bessel Van der Kolk, développe son parcours dans le traitement des traumatisés et nous apporte le résultat de ses recherches lui permettant de vérifier que les traumatismes de l’enfance entraînent des modifications dans le cerveau mais également des dérégulations sur plan corporel et émotionnel.

Ces propositions nous permettent de mieux comprendre le vécu des personnes traumatisés, notamment de mieux comprendre le phénomène de dissociation.

La psychanalyse a mis en évidence comment le traumatisme comme effraction pour le psychisme, laissait une trace sur le corps par des symptômes. Avec la guerre, Freud rend compte des névroses de guerre et de l’impact traumatique de la guerre sur les soldats.

Dès Freud, puis chez Lacan, le symptôme corporel n’est pas un simple dysfonctionnement organique : il est porteur d’une vérité psychique, souvent liée à un traumatisme non élaboré.

Depuis, l’avancée des neurosciences et des techniques d’imagerie, témoignent des effets des traumatismes sur le développement du cerveau mais aussi sur l’organisme.

Chez Freud, le corps est le terrain d’expression du refoulé

Freud découvre la psychanalyse avec la clinique de l’hystérie : le corps peut exprimer ce que le sujet ne parvient pas à dire.

Dans ses travaux sur l’hystérie, Freud montre que le symptôme corporel est une conversion : une transformation d’un conflit psychique en manifestation somatique. Autrement dit, l’affect lié à une représentation insupportable est détourné et déplacé dans le corps. C’est ainsi que Freud l’exprime en indiquant que les hystériques souffrent de réminiscences.

Le traumatisme, tout en restant inconscient, continue de manifester ses effets dans le présent. Il constitue une effraction psychique. L’appareil psychique est alors submergé et ne peut symboliser l’évènement ni même l’intégrer. Ce traumatisme agit alors comme « corps étranger » dans l’appareil psychique qui tente de s’en défendre comme il peut. Il refoule l’évènement mais n’y arrive pas correctement, de sorte que celui-ci, sous l’effet d’un évènement déclencheur, peut réapparaitre sous forme de symptômes.

Traumatisme et compulsion de répétition.

Freud introduit également la notion d’après-coup : un événement traumatique n’est pas immédiatement inscrit comme tel, mais prend sens ultérieurement, dans une temporalité en deux temps. C’est l’évènement du deuxième temps qui réveille le traumatisme du temps premier.

Les effets d’un traumatisme sont de deux sortes :

  • ils apparaissent via les symptômes
  • le patient est poussé à répéter des situations de mise en échec et qui le font souffrir : il revit d’une autre façon son traumatisme.

Il agit au lieu de se remémorer le traumatisme. Tout le travail d’une cure psychanalytique consiste à permettre la remémoration.

Chez Lacan : le corps articulé au langage et à la jouissance

Chez Lacan l’inconscient est structuré comme un langage. Ce qui n’est pas symbolisé par le langage peut s’exprimer par le corps.

Le traumatisme est non seulement la trace sur le corps du signifiant, mais constitue également la part de jouissance que l’être parlant tend à répéter.

Lacan distingue deux principes : celui de l’automaton et de la tuché pour illustrer la question du traumatisme. L’automaton désigne pour lui l’insistance des signes, ce principe de la chaîne symbolique et la tuché se traduit « par la rencontre du réel »[1]. C’est la rencontre d’avec quelque chose d’insupportable qui n’a pu être évité. Puisque inassimilable, le réel est donc cet impossible à symboliser pour le sujet. Pour Lacan, la répétition est la résistance du sujet à se remémorer : « résistance du sujet, qui devient à ce moment la répétition en acte »[2].

Le traitement du traumatisme en psychanalyse

Depuis Freud et avec Lacan, la psychanalyse démontre que le traumatisme ne disparait pas avec le refoulement. Il persiste sous forme de traces dans le corps et parfois même jusque dans l’organisme.

La cure psychanalytique ne consiste par les associations libres des pensées, des rêves et du corps, à se remémorer le passé oublié, le dire, et le transformer. Par ce travail, il est possible de comprendre et de distinguer la façon dont le passé traumatique s’infiltre dans la vie présente.


[1] Lacan, J. (1964) Le séminaire, Livre XI, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Seuil, Paris, 1973, p. 64.

[2] Ibid., p. 61.


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