Les scarifications chez les adolescentes : une souffrance retournée contre soi

Les scarifications comme marque d’un mal-être impossible à dire

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Les scarifications chez les adolescentes ne sont jamais un geste anodin. Elles traduisent un mal-être profond, une difficulté à mettre des mots sur ce qui se vit intérieurement, et un rapport douloureux au corps, à l’image de soi et au regard des autres.

Les scarifications laissent des traces et se voient et sont destinées, d’une certaine façon à attirer l’attention, et le signe d’une grande souffrance psychique qu’il faut prendre au sérieux.

L’adolescence : une image du corps qui change

À l’adolescence, le corps devient un lieu central de remaniement, de tension et parfois de conflit, et il n’est pas rare qu’un malaise intérieur trouve à s’exprimer à travers lui.

La puberté bouleverse l’équilibre du sujet. Le corps change, se transforme, échappe partiellement au contrôle, et impose une nouvelle réalité psychique. Pour certaines adolescentes, ces transformations sont vécues avec une grande difficulté. Le corps de l’enfance disparaît progressivement pour laisser advenir un corps d’adulte et l’adolescente peut ressentir ce changement comme brutal ou avoir le sentiment de ne pas être préparer à ce changement corporel.

Avec le changement pubertaire, les scarifications peuvent survenir dans des périodes de conflit familial, de séparation parentale, de tensions avec le groupe d’amies, à l’occasion d’un harcèlement scolaire, d’une rupture amoureuse ou d’un sentiment grande solitude. Il ne s’agit pas d’une cause unique, mais d’un ensemble de fragilités qui se cristallisent à un moment où l’identité est en pleine construction.

Les scarifications : un passage à l’acte qui remplace la parole

Certaines adolescentes peuvent se sentir étrangères à leur propre corps, envahies par des émotions contradictoires qu’elles ne parviennent pas à contenir, ou encore prises dans un sentiment de vide, de colère, d’incompréhension et de questionnement existentiel. Dans ce contexte, les scarifications peuvent apparaître comme une tentative de reprendre une forme de maîtrise sur ce qui déborde.

Le geste de se couper la peau peut avoir plusieurs fonctions psychiques. Il peut soulager momentanément une tension intérieure, rendre la souffrance plus concrète, ou encore permettre de faire exister une douleur psychique qui reste sinon muette. Il s’agit d’une certaine façon d’extérioriser une souffrance psychique qui devient une souffrance au niveau du corps.

Le corps devient ainsi le support d’un message, là où la parole n’a pas trouvé de lieu où se dire. Le passage à l’acte remplace la parole. En psychothérapie, le travail psychanalytique consiste essentiellement à remettre la parole en lieu et place de l’acte, que la souffrance puisse s’exprimer par la parole et non par les scarifications.

Le regard des autres joue aussi un rôle important. À l’adolescence, la question de l’image prend une place considérable. Le corps est observé, comparé, jugé, exposé. Les réseaux sociaux accentuent souvent cette pression, en donnant à voir des corps idéalisés, normés, filtrés. Pour certaines jeunes filles, cette exposition permanente devient difficile à supporter. Les scarifications peuvent alors témoigner d’un rapport conflictuel à l’image de soi, à la féminité naissante, à la honte corporelle ou à la peur d’être rejetée.

La cicatrice comme trace mnésique

Les scarifications ont également une fonction mnésique. En effet, la cicatrice laissée par la coupure de la peau, reste visible de tel sorte qu’en la voyant il est possible de se remémorer le moment douloureux qui a occasionné la section de la peau. Mais pour quelle raison se remémorer un moment douloureux ?

C’est comme si la marque venait rappeller la présence du corps, et plus précisément, de la peau, cette enveloppe à la fois corporelle et psychique. La marque sur la peau inscrit une limite entre le psychique et le somatique, soit une limite dans le Réel là où la limite dans le Symbolique a fait défaut.

Comprendre les scarifications chez les adolescentes, c’est donc accepter de ne pas s’arrêter au geste lui-même. C’est chercher ce qui, dans la vie psychique de la pubère a rendu ce recours nécessaire.

Le travail psychanalytique, peut offrir un lieu précieux pour transformer un passage à l’acte en possibilité de dire, de penser et, peu à peu, de se réapproprier son histoire.


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