Les scarifications chez les adolescentes : une souffrance retournée contre soi

Les scarifications comme marque d’un mal-être impossible à dire

Illustration de l'article les scarifications comme marque d'un mal-être impossible à dire

L'étymologie du terme scarification nous renvoie au latin scarificacio, qui signifie incision selon le CRTNL. Autrement dit, se scarifier c'est pratiqué des incisions, soit des coupures. 

Les scarifications chez les adolescentes ne sont jamais un geste anodin. Elle reste un moyen de décharge mais finissent par attirer l'attention, car les marques se voient. Elles traduisent un mal-être profond, une difficulté à mettre des mots sur ce qui se vit intérieurement, et un rapport douloureux au corps, à l’image de soi et au regard des autres. 

Avec quoi l'adolescent veut-il couper ? S'agit-il de quelque chose à extraire ? Ou bien s'agit-il d'inscrire quelque chose sur la peau ? 

L’adolescence : une image du corps qui change

À l’adolescence, le corps devient un lieu central de remaniement, de tension et parfois de conflit, et il n’est pas rare qu’un malaise intérieur trouve à s’exprimer à travers lui.

La puberté bouleverse l’équilibre du sujet. Le corps change, se transforme, échappe partiellement au contrôle, et impose une nouvelle réalité psychique. Pour certaines adolescentes, ces transformations sont vécues avec une grande difficulté. Le corps de l’enfance disparaît progressivement pour laisser advenir un corps d’adulte et l’adolescente peut ressentir ce changement comme brutal ou avoir le sentiment de ne pas être préparer à ce changement corporel. 

Avec le changement pubertaire, les automutilations peuvent survenir dans des périodes de conflit familial, de séparation parentale, de tensions avec le groupe d’amies, à l’occasion d’un harcèlement scolaire, d’une rupture amoureuse ou d’un sentiment grande solitude

Il ne s’agit pas d’une cause unique, mais d’un ensemble de fragilités qui se cristallisent à un moment où l’identité est en pleine construction. Ces fragilités se signalent par de l'anxiété, un repli sur soi, une recherche de limites qui passe également par la recherche de limites corporelles. 

Les scarifications : un passage à l’acte qui remplace la parole

Certaines adolescentes peuvent se sentir étrangères à leur propre corps, envahies par des émotions contradictoires qu’elles ne parviennent pas à contenir, ou encore prises dans un sentiment de vide, de colère, d’incompréhension et de questionnement existentiel. Dans ce contexte, les scarifications peuvent apparaître comme une tentative de reprendre une forme de maîtrise sur ce qui déborde.

Le geste de se couper la peau peut avoir plusieurs fonctions psychiques. Il peut soulager momentanément une tension intérieure, rendre la souffrance plus concrète, ou encore permettre de faire exister une douleur psychique qui reste sinon muette. Il s’agit d’une certaine façon d’extérioriser une souffrance psychique qui devient une souffrance au niveau du corps. 

L'automutilation est toujours un lien avec une culpabilité inconsciente qui est soulagée par le passage l'acte autoagressif. 

Le corps devient ainsi le support d’un message, là où la parole n’a pas trouvé de lieu où se dire. Le passage à l’acte remplace la parole. En psychothérapie, le travail psychanalytique consiste essentiellement à remettre la parole en lieu et place de l’acte, que la souffrance puisse s’exprimer par la parole et non par les scarifications.

Le regard des autres joue aussi un rôle important. À l’adolescence, la question de l’image de soi prend une place considérable. Le corps est observé, comparé, jugé, exposé. Les réseaux sociaux accentuent souvent cette pression, en donnant à voir des corps idéalisés, normés, filtrés. Pour certaines jeunes filles, cette exposition permanente devient difficile à supporter. Les scarifications peuvent alors témoigner d’un rapport conflictuel à l’image de soi, à la féminité naissante, à la honte corporelle ou à la peur d’être rejetée.

La cicatrice comme trace mnésique

Les scarifications ont également une fonction mnésique. En effet, la cicatrice laissée par la coupure de la peau, reste visible de tel sorte qu’en la voyant il est possible de se remémorer le moment douloureux qui a occasionné la mutilation de la peau. Mais pour quelle raison se remémorer un moment douloureux ?

C’est comme si la marque venait rappeller la présence du corps, et plus précisément, de la peau, cette enveloppe de l'organisme et du psychisme. La marque sur la peau inscrit une limite entre le psychique et le somatique, soit une limite dans le Réel là où la limite dans le Symbolique a fait défaut.

Une autre façon de se remémorer consiste dans une pratique de prendre en photo les marques laissées par les scarifications, comme s'il fallait figer un moment, le rendre mémorable, le contempler. 

Comprendre les scarifications chez les adolescentes, c’est donc accepter de ne pas s’arrêter au geste lui-même. C’est entendre le trop-plein du conflit psychique de la pubère a rendu ce recours nécessaire.

Le travail psychanalytique, peut offrir un lieu précieux pour transformer un passage à l’acte en possibilité de dire, de penser et, peu à peu, de se réapproprier son histoire.

Votre enfant s'automutile et souhaite rencontrer un psychothérapeute ou un psychanalyste ? N'hésitez pas à prendre rendez-vous avec le Dr. Ferlicot. 


Articles similaires

Derniers articles

À la une
Le dispositif de La Consultation Publique de Psychanalyse (CPP)

Le dispositif de La Consultation Publique de Psychanalyse (CPP)

23 Avr 2026

La CPP : un dispositif clinique utile pour soigner la souffrance psychique

Histoire de la création de la CPP
La Consultation Publique de Psychanalyse...

À la une
Journée d'étude organisé par le RPH - Souffrances gynécologiques : clinique de partenariat entre médecine et psychanalyse

Journée d'étude organisé par le RPH - Souffrances gynécologiques : clinique de partenariat entre médecine et psychanalyse

27 Mar 2026

Quels traitements de souffrances gynécologiques ?

Gynécologie et psychanalyse : quel partenariat possible ? 
Le RPH-École de psychanalyse s’attèle à articul...

Psychothérapie ou psychanalyse à distance en cas d’expatriation : la continuité de la cure plutôt que la rupture ou l’abandon

Psychothérapie ou psychanalyse à distance en cas d’expatriation : la continuité de la cure plutôt que la rupture ou l’abandon

13 Mai 2026

Continuer sa cure par téléphone en cas d'expatriation

L’évolution de notre monde a permis d’effacer chaque jour un peu plus les frontières et rendre ...

Catégories