L’intelligence artificielle modifie-t-elle notre subjectivité ?

Les effets de l’intelligence artificielle sur notre subjectivité et sur notre capacité de réfléchir.

Les effets de l'intelligence artificielle sur notre subjectivité et notre capacité à réfléchir

L’usage de l’IA au quotidien

L’intelligence artificielle fait désormais partie de notre quotidien. Quand bien même nous souhaiterions nous en passer, elle nous est imposée sur nos ordinateurs, nos téléphones mobiles, et désormais, même les moteurs de recherche se proposent de résumer nos requêtes via l’intelligence artificielle.

L’humain a une part de responsabilité dans l’usage qu’il en fait. Certains l’utilisent pour rédiger leurs mails, d’autres pour corriger leurs fautes d’orthographe, d’autres encore pour rédiger à leur place.

Ce qui devient problématique, c’est lorsque la demande d’aide à l’IA, parce que son usage peut aussi être bénéfique, se transforme en un remplacement de sa capacité à penser, à réfléchir et à faire par soi-même. Plus particulièrement, lorsque l’on est encore jeune et en pleine construction de son autonomie psychique.

Un pubère qui prendrait l’habitude de soumettre sa capacité de pensée à l’IA ne serait-il pas en train de se positionner comme un esclave devant un maître dématérialisé ? Que signifie cette capacité de l’être humain à se mettre dans une position où il se fait lui-même déposséder de sa capacité de penser, réfléchir, raisonner au profit d’un Autre ? Quelles sont les conséquences à long terme du procédé consistant à se mettre en position de dépendance pour penser, rédiger, travailler ? Plus encore, l’usage de l’IA, par sa manière algorithmique de générer du contenu, ne va-t-il pas modifier notre subjectivité ?

La subjectivité et le style de chacun

En effet, en tant qu’être parlant, nous parlons selon un style propre, selon une subjectivité propre. Celle-ci est imprégnée des signifiants de notre enfance, ceux entendus dans le bain de langage qui a été le nôtre depuis notre naissance. Il peut y avoir des ratés de langage issus du refoulement, mais également des procédés défensifs propres, comme l’annulation ou la dénégation, qui sont une expression de notre Moi face à un désir qui tente de se faire reconnaître dans le discours.

Qu’en est-il de l’IA ? Elle n’a pas la langue qui fourche, elle n’a pas d’inconscient. Elle ne rêve pas et ne fait pas de lapsus calami. Elle répond aux questions sur la base d’algorithmes et se perfectionne, alimentée par chacune des requêtes des internautes. Son fonctionnement est bien plus complexe, mais je m’appuie ici sur les IA génératives que j’ai pu tester pour vérifier par moi-même ce dont elles sont capables et en constater les effets : j’ai fait le constat que les sources doivent impérativement être vérifiées ; que le contenu est parfois rempli d’erreurs et d’inexactitudes ; mais surtout qu’il existe une façon de rédiger sur des concepts spécifiques qui est générique et manque de style.

Comme l’énonçait Buffon dans son discours lors de son entrée à l’Académie Française : « Le style est l’homme même ». Se faire déposséder de sa capacité à réfléchir, à construire une pensée, à articuler un raisonnement, c’est se priver de sa capacité à construire un savoir. Or, une psychanalyse nous apprend à construire un savoir sur nous-mêmes, et cette construction s’appuie sur le Symbolique et non sur l’Imaginaire. C’est pourquoi il n’y a pas de comparaison possible entre la consultation d’une IA et la consultation chez un psychanalyste.

La transformation du rapport au temps et à l’espace.

Avec les nouvelles technologies, la visio, le téléphone, notre rapport au temps et à l’espace s’est vu transformé. Aujourd’hui, par exemple, il est courant que des patients appellent depuis l’autre bout du monde pour commencer une psychothérapie ou une psychanalyse avec un psychanalyste de leur langue natale, ou tout simplement pour continuer leur cure depuis l’étranger alors qu’ils l’avaient commencée en France. Cela paraissait difficilement pensable avant l’épidémie de COVID-19, et aujourd’hui cela est devenu courant.

Si les outils permettent d’abolir la distance et d’être source de continuité du lien, il ne faudrait pas non plus laisser penser que la relation humaine puisse s’affranchir de la rencontre des corps.

L’usage exclusive de l’IA comme risque d’aliénation

Aujourd’hui, l’IA participe à accentuer cette modification de notre rapport au temps, à l'espace, et par conséquents aux objets. Certes, une IA va plus vite quand l’homme peut mettre des heures, des jours, voire des années pour construire sa réflexion. Mais il y a un prix à payer à laisser l’IA envahir notre espace quotidien : celui de la création d’une nouvelle forme d’aliénation et d’un assujettissement à un nouveau maître, celui-là immatériel qu’est l’IA, lorsqu’au contraire une psychanalyse vise la possibilité de passer d'être assujetti à sujet, soit un être responsable.


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