Le prix pour le savoir

« Il n’y a rien de plus coûteux dans la vie que la maladie et … la bêtise. »
 

Sigmund Freud, « Sur l’engagement au traitement », 1913.

Le prix à payer pour se séparer de la souffrance et de ses bénéfices 

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Lorsque l’on souffre, l’une des questions qui revient régulièrement concerne le coût engendré par un traitement de psychothérapie ou de psychanalyse.

Pour certains le paiement non remboursé chez un psychanalyste est un frein au traitement. Pourtant, si l’on regarde de plus près, la dépense liée aux symptômes est parfois bien plus importante et les conséquences sont souvent bien plus fâcheuses ce que Sigmund Freud écrit de la façon suivante : « Il n’y a rien de plus coûteux dans la vie que la maladie et … la bêtise. »[1]

En effet, la maladie psychique ou le symptôme psychique occasionne des dépenses en santé, en hospitalisation, en médecine générale, en addiction, en absence de réalisation et d’investissement dans les activités sociales et professionnelles. Un traitement mené à son terme offre à l’inverse, un « accroissement de la capacité de réalisation et de l’activité rémunératrice »[2]. 

Que cela se déroule en psychothérapie ou en psychanalyse, le patient ou le psychanalysant est mis au travail. C’est un travail psychique qui s’effectue par le biais de l’association libre des pensées, des rêves et du corps. Ce travail de bien dire favorise la levée des refoulements.

Autrement dit, ceux qui souffrent, souffrent de ce qu’ils ne disent pas, de cette haine envers autrui qu’ils ne verbalisent pas et qui se retourne contre eux, mais aussi parce qu’ils expriment à travers leurs symptômes et leurs souffrances ce qui, dans leur enfance, a été traumatisant.

Il est vrai que nous observons le plus souvent qu’il est bien plus facile de fuir dans la maladie et d’y rester car celle-ci offre des bénéfices secondaires. Il est un fait clinique que les personnes souffrantes tiennent à leurs souffrances et ne sont pas prêtes à s’en débarrasser comme cela.

Freud l’avait relevé dans ce qu’il nomme « la réaction thérapeutique négative »[3]. Celle-ci consiste en ce que le patient ou le psychanalysant, s’oppose aux bénéfices du traitement en tombant malade à chaque fois que celui-ci progresse, ou dès qu’il commence à aller mieux et qu’il en constate les effets positifs dans sa vie. Freud met en évidence que cette réaction thérapeutique négative est en lien direct avec le sentiment de culpabilité inconscient. D’ailleurs, cette culpabilité inconsciente, autrement appelée résistance du Surmoi, est l’une des plus tenaces à éradiquer.

Pour en donner un exemple très concret, il s’agit de personnes qui ne supportent pas la réussite. Une fois qu’elles accomplissent quelque chose, elles font tout pour se saborder. Cela révèle à la fois une haine de soi, que l’on pourrait traduire par : « Je ne le mérite pas », mais aussi une haine envers les figures œdipiennes de l’enfance qui n’a pas été résolue.

Pour cette raison, le paiement des séances revêt une importance capitale dans le traitement. C’est un paiement qui met un frein, voire un arrêt, à cette jouissance de la culpabilité. Il s’agit de payer le prix pour savoir, le prix pour apprendre sur soi-même ce qui nous fait souffrir, mais également par ce que ce prix est un beau coût qui engage la responsabilité de l’être dans sa souffrance. Ce n’est qu’une fois qu’il construit sa responsabilité, soit de prendre sa part dans ce qui lui arrive, qu’il est possible pour lui de jouir d’une manière plus apaisée et non destructrice.

 


[1] Freud, S. (1913) « Sur l’engagement du traitement », Paris, PUF, 2005, p. 174.

[2] Ibid., p. 174.

[3] Freud, S. (1923). « Le moi et le ça », in Œuvres complètes, Volume XVI, Paris, PUF, 1991., p. 292

 


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