Naissance du sentiment de frustration dans l’enfance
Vos projets ne se déroulent pas comme ce que vous aviez prévu et vous n’êtes pas satisfait ? Vous n’avancez pas aussi vite que vous le souhaitiez et cela vous agace ? Vous ne supportez pas que l’on vous dise non ou que l’on vous refuse quelque chose ?
La frustration est une expérience désagréable, mais paradoxalement, elle est constitutive de l’expérience humaine depuis la naissance et participe à la constitution de la vie psychique.
Qu'elle naisse de désirs inassouvis, d'ambitions contrariées ou de relations insatisfaisantes, elle génère une souffrance psychique, parfois difficile à supporter. La psychanalyse, depuis Sigmund Freud, offre un cadre thérapeutique particulièrement pertinent pour comprendre et élaborer ces tensions intérieures.
Une source dans l'infantile
Pour la psychanalyse, la frustration n'est pas qu'un simple désagrément du quotidien. Elle trouve sa source dans la structure même du psychisme humain. Dès les premiers moments de la vie, le nourrisson fait l'expérience de la frustration par la perte de ce qu’il a perdu.
Alors qu’il était dans un environnement chaud et comblant, le voilà jeté à la naissance dans un environnement froid séparé du placenta, du cordon ombilical maternel et de la chaleur de son environnement.
C’est une première perte à laquelle réagit l’enfant par un cri. Puis le nourrisson nourrit au sein ou au biberon, découvre qu’il n'est pas toujours disponible immédiatement, ce qui déclenche une réaction de cri et de pleure, seul moyen pour lui de se faire entendre. L’arrivée du sein ou du biberon produit la fin de la tension ressentie et l’apaisement de la faim. Entre le temps de l’expression du besoin et sa satisfaction, se produit un laps de temps où l’enfant ressent une frustration.
Ce sentiment de frustration participe à la construction de la relation de l’être au monde. Chaque fois, que l’enfant est confronté à un non, il réagit par de l’opposition, du refus, de l’intolérance, jusqu’à ce que progressivement, il intègre la possibilité que sa satisfaction soit refusée, qu’une limite soit posée à son désir de toute-puissance, et accepte que tout ne soit pas possible et qu’il ne peut pas tout avoir.
À l’âge adulte, le sentiment de frustration se caractérise par un refus du manque, une non-acceptation de la limite. Cela se manifeste dans le registre des addictions où la consommation devient illimitée, par une mauvaise gestion des émotions comme la colère, une difficulté à gérer les ruptures, une insatisfaction professionnelle, une suractivité qui mène à un surmenage, ne pas supporter les imprévus.
Le travail thérapeutique sur la frustration
Dans le cadre d'une psychothérapie psychanalytique, le patient est invité à verbaliser librement ses pensées, ses affects et ses frustrations à travers la règle de l'association libre. Le psychothérapeute ou le psychanalyste par sa position de neutralité bienveillante, offre un espace sécurisé où le patient peut explorer sans jugement les sources inconscientes de sa souffrance.
Les séances de psychothérapie ou de psychanalyse permettent par l’association libre des pensées, l’interprétation des rêves et du corps, de relier les frustrations actuelles à des blessures plus anciennes, souvent remontant à l'enfance. En effet, les relations de l’enfance avec les autres ne sont que le prototype de relations entretenues à l’âge adulte.
C’est grâce à ce travail de tissage entre le ce qui se déroule dans le présent et ce passé remémoré, qu’il est possible de comprendre comment des situations du présent réactivent avec une intensité disproportionnée des affects du passé.
Par exemple, un patient découvre ainsi que sa réaction excessive face à un refus professionnel peut résonner avec un sentiment d'abandon infantile jamais élaboré. Pour un autre, cela révélera qu’on ne lui a jamais opposé un non à ses désirs et qu’il avait pris l’habitude qu’on cède à toutes ses demandes.
Le transfert, cette relation de confiance et d’amour envers son psychanalyste, devient un outil précieux dans ce travail. Les frustrations vécues dans la relation thérapeutique elle-même – le silence du psychanalyste, la fin des séances, les interruptions pour les vacances – rejouent des frustrations originelles et permettent de les mettre au travail en séance.
Faire face à la frustration pour accepter le manque
L'objectif de la psychothérapie psychanalytique n'est pas d'éliminer toute frustration, ce qui serait illusoire, mais de modifier profondément la relation de l’être à celle-ci, de faire en sorte qu’il la supporte. À travers l'élaboration psychique, le patient apprend progressivement à tolérer le manque, l’absence, et à différer la satisfaction immédiate afin d’accepter que la réalité ne corresponde pas toujours à ses désirs.
Cette maturation psychique conduit à une plus grande liberté intérieure. La frustration cesse d'être uniquement source de souffrance pour devenir également un moteur créatif, permettant la sublimation des pulsions dans des activités symboliques et socialement valorisées. Le patient développe ainsi une meilleure capacité à vivre avec ses tensions internes sans être submergé par elles.
