Accueil > Articles sur la psychothérapie > Quelle relation peut-on faire entre langage et inconscient en psychanalyse ?

Quelle relation peut-on faire entre langage et inconscient en psychanalyse ?



Quelle relation peut-on faire entre langage et inconscient en psychanalyse ?

Le mot d’esprit et sa relation à l’inconscient [1]. S. FREUD (1905)

Ouarda Ferlicot


En utilisant une collection différente de mot d’esprit, Freud met en relation la dimension inconsciente qui gouverne la parole et le langage. Il s’intéresse à la technique du mot d’esprit, qui utilise les mécanismes psychiques déjà connus et développés dans L’Interprétation des rêves [2], comme le déplacement et la condensation ; puis à la notion de plaisir qui est suscitée par le mot d’esprit lui-même et qui en font une source de lien social car il est compris de l’entourage ; enfin, aux liens existant entre le rêve et le mot d’esprit. La dimension du langage étant primordiale dans ce texte, je n’ai pu m’empêcher de penser à Lacan. Il est évident en lisant les premières pages du livre que Lacan y a puisé sa source pour développer sa théorie du langage, l’inconscient étant pour Lacan structuré comme un langage. On retrouve facilement dans Le mot d’esprit ce que Lacan, s’inspirant de De Saussure, appelle le signifiant (représentation acoustique d’un mot) et le signifié (représentation mentale d’une chose). En s’attardant sur la technique du mot d’esprit, Freud établit un lien entre ce dernier et l’inconscient. En effet, le mot d’esprit utilise plusieurs mécanismes connus et développés de lui dans L’interprétation des rêves (1900).

Dans une première partie, l’auteur s’intéresse aux techniques du mot d’esprit. La première concerne celle fondée sur les mots. L’exemple du néologisme « familionnaire » en illustre les propos. Il est issu de deux mots différents « familière » et « millionnaire ». Grâce au raccourcissement des deux mots, il s’est opéré une condensation. Le néologisme formé n’a aucun sens sorti de son contexte mais replacé dedans « il est instantanément compris et identifié » [3] ce qui provoque un effet hilarant. Bien entendu, lorsque l’on parle de néologisme on ne peut s’empêcher de penser à la psychose. Mais dans la psychose, même si le procédé utilisé reste le même (condensation, déplacement), le mot formé, lui, reste incompréhensible. Le second procédé consiste à utiliser un mot à utilisation double. L’exemple de Rousseau. « Vous m’avez fait connaître un jeune homme roux et sot, s’écria-t-elle, mais non pas un Rousseau. » dit une maîtresse de maison pour parler d’un homme impoli invité chez elle. Ce mot d’esprit est rendu possible car l’homme en question porte à la fois le nom de Jean-Jacques Rousseau mais aussi parce qu’il a les cheveux roux. Le troisième procédé consiste à utiliser le double sens d’un mot, son sens concret et son sens métaphorique.

Dans toutes ses techniques domine une tendance à la concentration, à l’économie [4]. Freud poursuit en s’intéressant à la technique du mot d’esprit mais fondée sur la pensée. Elle ne s’attache plus au mot lui-même mais à l’idée, la pensée et utilise le déplacement. Elle est utilisée pour un mot d’esprit exprimant le non-sens, la stupidité et l’absurde.

Le mot d’esprit outre l’effet hilarant qu’il procure à autrui peut avoir une fonction innocente ou tendancieuse dans le sens où il va venir satisfaire une tendance interne, par exemple être au service de la tendance hostile. Freud nous dit ceci « Tout individu qui laisse échapper la vérité dans un moment où, comme ici, elle se soustrait à sa surveillance, est content, au fond, de s’être débarrassé de son attitude simulatrice… Jamais personne ne laisse l’automatisme qui fait apparaître ici la vérité au grand jour s’emparer de soi sans y consentir intérieurement. » [5]
Ceci me fait penser au lapsus. Le lapsus, manifestation de l’inconscient est le fait de dire une chose à la place d’une autre, révélant ainsi quelque chose de nous-mêmes que nous avons bien envie de garder secret. Dans le mot d’esprit tendancieux c’est à peu près la même chose mais cela concerne autrui.

Enfin Freud s’interroge sur le plaisir procuré par le mot d’esprit qui fait rire à la fois l’entourage mais aussi l’auteur. Ceci est visible pour le mot d’esprit tendancieux. Il faut donc être trois pour faire le mot d’esprit tendancieux et l’auteur rit donc souvent par ricochet en observant ses auditeurs rirent. Le mot d’esprit a donc une valeur sociale. Il procure du plaisir car il permet de détourner les inhibitions, obstacles intérieurs, et la crainte extérieure. Le plaisir correspond donc à « l’économie réalisée sur la dépense d’inhibition ou de répression. » [6]

Freud a déjà montré qu’avec les processus de déplacement et de condensation le mot d’esprit utilise donc les mêmes procédés que le rêve, le mot d’esprit est donc lui aussi une formation de l’inconscient. Mais il ajoute également que la source de ce plaisir est à rechercher chez l’enfant qui découvre le jeu de mots lorsqu’il commence à parler. Il répète les mots, l’homophonie… En grandissant se met en place la censure, l’éducation, valeur qu’il faudra surmonter pour faire un mot d’esprit.

Concernant l’ironie, Freud en parle brièvement, mais s’il faut être trois pour un mot d’esprit, l’ironie n’en nécessite que deux et vise à une mise à distance de l’autre. Est-ce qu’une utilisation massive de l’ironie ne serait pas un indicateur d’une structure psychotique ?


[1] S. FREUD. Le mot d’esprit et sa relation avec l’inconscient. (1905). Paris. Gallimard. 1998.
[2] S. FREUD. L’interprétation des rêves. (1900). Paris. PUF. 2004.
[3] p.63.
[4] p. 100.
[5] p. 204.
[6] p. 226.


Contactez-nous