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Un avenir pour la jeunesse



Un avenir pour la jeunesse

J’interviens ponctuellement en tant que psychologue dans le champ de la prévention scolaire des conduites à risques et de la violence dans les établissements scolaires où je vais à la rencontre d’adolescents pour proposer des ateliers de parole. Je suis intervenue dans un établissement de banlieue.

 

Voici ce que disent les jeunes : « Si le shit est légalisé, y’aura beaucoup de malheureux. Tous ceux qui bossent là-dedans et qui se font de l’argent de poche ils vont faire quoi après ? Un autre répond – Ouais mais un jour tu peux te faire attraper et pendre cher si tu vas en prison. Le premier poursuit – Et alors justement quand tu sors tu deviens encore plus intelligent, t’apprends plus de chose là-bas pour ne pas te faire coincer après. Toujours entre eux – Ouais mais c’est pas une vie, au moins quand tu as un travail t’as pas de problème – Quel travail ? T’as vu nos têtes, même si on fait des études on va se retrouver au chômage, regarde ceux qui sont à la cité avec des bacs plus je sais pas combien. »

 

Je suis abasourdie par ces jeunes qui dépeignent un tableau sans issue de leur vie. Ont-ils seulement conscience que d’autres voies existent ? Je pense à l'école où ils pourront avoir une instruction et acquérir un bagage au travers des diplômes que personnes ne pourra leur reprendre.

 

A la fin de la rencontre beaucoup de questions viendront autour de ma formation, de mes études. Je leur réponds volontiers afin qu’ils puissent s’appuyer sur un autre modèle d’identification. A mon étonnement, il me demande si je reçois des jeunes « comme eux » et des parents. Comme s’ils formaient une caste de jeune pour qui le soin, l’écoute, l’accueil leur était d’emblée exclu. Ils s’étonnent également du fait qu’on leur propose des choses qui ne les intéressent pas et qu’on leur enlève ce qui les intéresse : « Pourquoi on n’a pas plus d’atelier comme ça ? Pourquoi tous ce qui nous apporte quelque chose on nous l’enlève ? »

 

Voici une réalité du quotidien de ces jeunes issues de banlieue confrontées aux phénomènes de cité. Quel avenir pouvons-nous leur proposé ? Car c’est bien cela qui est en jeu. La prison qui se fait le nid de la grande délinquance et qui alimente de plus en plus les filières terroristes est-elle la seule voie que nous avons à proposer à cette jeunesse ?

 

La multiplicité des faits sordides n’est que le témoin d’une structure sociale qui ne fait plus son travail de réseaux, de tissus, de toile, dans lesquels beaucoup d’êtres souffrants pouvaient encore se raccrocher.

 

Il existe pourtant des lieux où l’être parlant peut être entendu et accueilli dans sa souffrance singulière et où il va payer symboliquement pour cela, c’est-à-dire avec son argent. Il s’agit ainsi d’un premier engagement vers la vie. Une sorte de sortie vers le monde extérieur qu’il faut bien fréquenter pour pouvoir grandir, j’entends ainsi, sortie de la dépendance à l’Autre qui habituellement paie pour lui. Car si l’échec des politiques se succède, l’être ne peut attendre de la Mère Etat qu’elle fasse le travail à sa place.

 

A ma consultation, je reçois des personnes qui souffrent d’être en difficulté, en situation précaire car elles ne mettent pas tout en œuvre pour s’en sortir. Pour quelles raisons ? Comme S. Freud l’avait déjà remarqué, il s’agit le plus souvent de la culpabilité inconsciente qui pousse l’être à se punir et se châtier par ce qu’il pense ne pas avoir le droit au bonheur.

 

En psychothérapie ou en psychanalyse, notre travail est de mettre en lumière la source de cette culpabilité en la rendant consciente afin de permettre la construction d’une autre voie et que l’être retrouve sa capacité à aimer sa vie et aimer travailler.

 

Ouarda Ferlicot, à Nanterre.

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