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Traitement des psychoses : apport de la théorie de Jacques Lacan.



Traitement des psychoses : apport de la théorie de Jacques Lacan.

Séminaire III - Les psychoses - Jacques Lacan

 

Le séminaire III est dans la continuité des précédents puisque Lacan s’appuie sur les théories freudiennes dans son élaboration. Ici, il ouvre un nouveau chapitre puisqu’il est question des psychoses, champ resté inexploité chez Freud.Il est clair que la question des psychoses n’intéressait pas ce dernier et il préférait laisser à d’autres le soin de s’en occuper.

 

C’est ce que fera Lacan, puisqu’il restera connu comme étant le grand théoricien des psychoses. Sa conception du signifiant du Nom-du-père comme faisant défaut dans les psychoses, aborde d’une manière nouvelle les mécanismes en jeu dans celle-ci. Si cette manière de conceptualiser la psychose est si originale pour l’époque, c’est qu’il faut se rappeler qu’une prévalence était donnée à la mise en cause de la relation maternelle en jeu dans les psychoses (Klein, Winnicott…) ou plutôt la relation duelle.

 

 

Le langage


Pour introduire ce séminaire où il est question de diagnostic d’abord et de traitement ensuite, Lacan aborde la question du langage qui est fondamentale dans les psychoses.

 

Pour lui, ce n’est que par l’analyse de la structure du langage que peut déboucher un diagnostic. Pour cela il reprend comme exemple le cas Schreber qui nous parle avec sa langue fondamentale. C’est-à-dire une langue qui lui vient d’un autre, qui est incompréhensible pour nous mais qui semble faire sens pour lui.

 

Lacan distingue signifiant et signifié, le signifiant est le mot, le signifié est la signification.

 

Dans la psychose, les mots sont surinvestis, ce qu’avait déjà noté Freud. Ils prennent une saveur et une ampleur particulière puisque certains mots vont être chargés d’une signification qui nous échappe « il signifie en lui-même quelque chose d’ineffable[1] ».

 

L’auteur souligne l’usage des néologismes que l’on retrouve dans la paranoïa mais aussi dans la schizophrénie. Le langage psychotique présente aussi cette particularité d’utiliser des formules répétitives, persévérantes, qui donnent des allures de ritournelle. Langage souvent difficile à interrompre en séance tant les règles de ponctuation sont inexistantes. Là où devrait se trouver un point et donc un arrêt il n’y en a pas, et en plein milieu d’une phrase il y a un arrêt. Ce qui donne à entendre une parole faite de discontinuités, de suspensions, de saut, de silence… « C’est exactement ce qu’on observe dans les phrases interrompues de Schreber, qui s’arrêtent précisément au point où va surgir un signifiant qui reste problématique, chargé d’une signification certaine, mais on ne sait pas laquelle. Signification dérisoire, qui indique la béance, le trou, où rien de signifiant ne peut répondre chez le sujet.[2] »


Lacan parle de point de capiton entre signifiant et signifié pour expliquer cette division qui existe dans le discours du psychotique. Tout le travail de l’analyste serait de créer des points de capiton, points d’attache entre signifiant et signifié par le biais de la parole. Avec le cas Schreber, il nous dit qu’il a bien compris ce qu’être enfilé par Fleschig veut dire, seulement il le dit et il ne le rattache à aucune signification[3].

 

Le délire


Ce qui distingue la névrose de la psychose est le rapport à la réalité. Alors que dans la névrose c’est une partie de la réalité psychique qui est évitée, oubliée, mais qui se fait entendre sur le plan symbolique par le biais des symptômes ; « Dans  la psychose au contraire c’est bel et bien la réalité elle-même qui est d’abord pourvue d’un trou, que viendra ensuite combler le monde fantasmatique. [4]» « Ce qui est rejeté du symbolique reparaît dans le réel. [5]» En cela, Lacan souligne l’insuffisance du mécanisme de projection pour rendre compte de ce qui se passe dans la psychose.

 

Concernant le délire, Lacan revient sur cette idée de défense. Concernant le cas Schreber, « Le conflit laisse, si on peut dire, une place vide, et c’est à la place vide du conflit qu’apparaît une réaction, une construction, une mise en jeu de la subjectivité.[6] »

 

L’entrée dans la psychose, se fait lorsque qu’il y a un appel du signifiant du Nom-du-Père auquel le sujet ne peut répondre puisque forclos chez lui. C’est ce signifiant fondamental, qui instaure la différence des sexes et des générations.

 

Schreber décompense au moment où il est appelé à la plus haute fonction administrative : Président de la Cour d’appel. Il est alors plus jeune que ses pairs et c’est le cas de le dire, il est confronté à cette question fondamentale deviendra-t-il pair (père) ou non ? Ce signifiant est manquant pour Schreber il ne peut donc pas l’aborder.

 

J. Lacan distingue la métaphore et la métonymie. La métaphore correspondrait à ce que l’on appelle l’identification[7] et dans le langage freudien à la condensation dans le rêve.

 

La métonymie « concerne la substitution à quelque chose qu’il s’agit de nommer – nous sommes en effet au niveau du nom. On nomme une chose par une autre qui en est le contenant, ou la partie, ou qui est en connexion avec. [8]»  Elle correspondrait au déplacement au sens freudien. La métaphore comme la capacité à englober une chose et lui donner une signification.



[1] J. LACAN. Séminaire III Les psychose, Paris, Seuil, 1981, p. 43.

[2]  p. 319

[3]  P. 304

[4]  p. 56

[5]  p. 57

[6] p. 41

[7]   p. 247

[8]  P. 250

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