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Notes de lecture : L'analyse finie et l'analyse infinie (1937)



Notes de lecture : L'analyse finie et l'analyse infinie (1937)

Œuvres Complètes XX - 1937~ 1939 – S. Freud –

L’homme Moïse – Abrégé de psychanalyse – Autres textes

        

         Ce dernier tome des œuvres complètes met un point final à l’œuvre de Freud. Il y assoit ses vues sur la théorie psychanalytique. Ecrit dans un contexte de guerre à venir qui coïncide avec la maladie de Freud et sa mort prochaine, le texte sur l’homme Moïse n’est donc pas une coïncidence. Il règle ses comptes avec la religion et peut-être avec son angoisse. Nous pouvons saluer son courage, et son travail. Il continua de recevoir des patients jusqu’à la fin de sa vie et laisse derrière lui une multitude de questions ouvertes concernant l’analyse.

 

        Dans L’analyse finie et l’analyse infinie (1937), Freud aborde une question fondamentale de la psychanalyse à la fois du côté de l’analysant mais aussi du côté du psychanalyste. Bien entendu, comme il s’agit d’une grande question fondamentale, Freud ne propose pas clairement de réponse mais apporte plutôt des pistes de réflexions dont ses prédécesseurs se chargeront de répondre.

        D’abord il est question du temps dans l’analyse et de son raccourcissement. J’ai été étonné de trouver cette question chez lui, alors même qu’il nous apprend que l’inconscient ne connaît pas le temps. Ce n’est donc pas au psychanalyste de déterminer une fin de cure pour son analysant. Chacun étant différent, la durée de la cure va donc dépendre du travail, de l’investissement de la cure et du surmontement des résistances. L’auteur détermine ainsi trois facteurs dont dépendent la réussite de la cure : l’influence des traumas, la force pulsionnelle constitutionnelle, la modification du moi[1]. Concernant, le malade, Freud évoque la fin de l’analyse si le patient ne souffre plus de ses symptômes, s’il surmonte ses angoisses et ses inhibitions et qu’il n’ait plus agi par la répétition pathologique.[2] D’ailleurs, il y a une contradiction p. 25 entre Freud qui évoque l’impossibilité du raccourcissement de l’analyse puis le contraire p. 31 où il énonce qu’il est souhaitable de raccourcir la durée de la cure.

 

        Ensuite il évoque la formation de l’analyste : son analyse personnelle mais aussi son retour sur le divan par tranche de cinq ans. Celle-ci est indispensable afin de protéger le patient du moi de l’analyste qui est également une résistance dans l’avancée de la cure[3].

 

         Dans Construction en analyse (1937), Freud revient sur la tâche de l’analyste qui est de reconstruire un passé oublié à partir de trace, d’indices que l’analysant lui livre [4]. Il distingue ainsi interprétation et construction en analyse. L’interprétation se rapporte à un élément isolé tel que les lapsus, les actes manqués etc… tandis que la construction concerne le fait de proposer un fragment de ce qui est oublié. Bien entendu, l’analyste n’est jamais sûr de ses constructions et l’analysant ne confirme la construction soit par d’autres associations qui viennent compléter ses constructions soit par une dénégation.

 

         Dans Abrégé de psychanalyse (1938), Freud reprend l’ensemble de la théorie psychanalytique point par point. Il revient d’abord sur la conception de l’appareil psychique : le moi étant créé à partir du ça et devient le médiateur entre l’intérieur et l’extérieur. Le surmoi, issue du moi est le résultat du prolongement de l’exigence parentale. Le ça contient l’ensemble des besoins sous forme de pulsions. Ces pulsions sont de deux sortes : pulsions libidinales et pulsions de destruction. Elles mènent une action « antagoniste ou se combinent entre elles [5]». Freud postule également l’existence d’une source somatique de la pulsion libidinale et donc certaines zones peuvent être plus investies libidinalement que d’autres, il les surnomme zones érogènes. Ceci est intéressant dans le cas des maladies organiques où un organe est choisi et investi comme organe malade. Le tissage du moi, par la parole, avec l’organe peut permettre une évolution dans la maladie. De la source de la pulsion, l’auteur arrive à l’origine de la sexualité et des pulsions sexuelles. Une nouvelle fois, mais ce n’est pas de trop, il revient sur la notion de sexualité infantile et la distinction d’avec la sexualité génitale[6]. Le travail du rêve est défini comme « la source de la préhistoire de l’humanité »[7]. Il permet de comprendre les mécanismes en jeu dans la névrose et dans la psychose. Enfin, son texte revient sur la technique psychanalytique qui consiste à faire remémorer le refoulé à partir de la règle fondamentale. Ce travail analytique est soumis à la résistance dont le transfert peut être un levier thérapeutique. Il compare également le travail analytique aux autres sciences comme la physique, tout en précisant que « le réel restera toujours « inconnaissable ». [8]» L’analyse permet donc de combler les lacunes de la conscience. Je comprends mieux pourquoi lors d’une sortie de psychanalyse, on devient sujet car nous obtenons un bout de savoir sur le réel.

            Dans « L’homme Moïse et la religion monothéïste » (1934-1938), Freud tente d’expliquer le phénomène de croyance religieuse à l’aide des outils de la psychanalyse. Dans un premier temps, le texte est consacré à la vie de Moïse et la possible possibilité qu’il fût Egyptien et non juif. Tout le début n’est à mon sens que supposition, mais ce qu’il y a de plus gênant dans la lecture c’est la difficulté à en saisir l’intérêt. Dans un deuxième temps, il reprend l’historique de la névrose avec l’idée, de trauma, de conflit oedipien et de période de latence pour expliquer la croyance religieuse. Pour cela il revient sur le mythe de la horde primitive, déjà mentionné dans « Totem et tabou » (1915), qui serait le fondement de la première religion. L’organisation de la société autour de la vénération d’un totem qui symbolise la mort du père, la création de lois et d’interdit de l’inceste, l’angoisse de dévoration par le père sont autant de traces, pour Freud, d’une histoire ancienne à la fois historique mais aussi chez l’enfant d’un passé oublié[9].

 



[1]  P. 25

[2] P . 20 et 21

[3] P. 49

[4] P. 63

[5] P. 238

[6] P. 241

[7] P. 257

[8] P. 294

[9] P. 163

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