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Le monde des benzodiazépines et le monde de la parole, à Nanterre



Le monde des benzodiazépines et le monde de la parole, à Nanterre

Le monde des benzodiazépines et le monde de la parole

Ouarda Naït Mouhoub-Ferlicot

Le 18 janvier 2013

 

Un article du 12 janvier 2013 paru dans Le Monde sous le titre : « Benzodiazépines. Une overdose française » fait état d’un risque accru de démence chez des personnes ayant consommé pendant des années des benzodiazépines, molécules utilisées pour ses propriétés anxiolytiques, hypnotiques, anticonvulsives et myorelaxantes. Alors que la durée maximum de prescription recommandée est de douze semaines pour les anxiolytiques et de quatre pour les hypnotiques, il apparaît que cette durée de prescription est largement dépassée en France.

 

Les médecins généralistes restent les premiers prescripteurs de benzodiazépines. Le professeur Vincent Renard, Président du Collège national des généralistes enseignant, cite deux facteurs dans cette sur-prescription : « La difficulté pour accompagner le sevrage (…), et leur volonté revendiquée de répondre aux plaintes des patients dans une logique compassionnelle. » Qu’est ce que cela vient nous signaler ? Il n’y a pas d’usage en France de ce que nous appelons au R.P.H la cônification du transfert. Il s’agit d’une stratégie où le médecin s’autorise, grâce au transfert que lui porte le malade, à orienter ce dernier vers un psychothérapeute ou un psychanalyste de sa confiance. Pour quelles raisons ? Parce qu’ils sont les seuls habilités à travailler sur le registre de l’inconscient. La prolongation de la durée de prescription vient également nous interroger sur ce qui ne fonctionne pas avec le traitement.

 

Répondre à la demande du patient qui souffre par le médicament au-delà de ce qui est préconisé répond à une logique imaginaire vouée à l’impasse puisqu’elle répond à une demande insatiable du malade. Pour sortir de cette boucle, nous proposons aux médecins de travailler avec nous afin de sortir le malade de cette spirale infernale vouée à l’échec et qui peut, dans certain cas, le pousser à abandonner toute prise en charge thérapeutique et rompre tout contact avec le médecin traitant le menant dans une errance thérapeutique.

 

Pour illustrer mes propos, voici deux vignettes cliniques qui témoignent de la relation du patient au médicament et comment ce dernier peut s’articuler dans une prise en charge psychique, car rappelons-le, nous ne sommes pas contre les médicaments, ils peuvent être nécessaires.

 

Lors d’une hospitalisation en urgence suite à une tentative de suicide voici ce qu’une patiente dit : « Je ne comprends pas pourquoi sa réponse c’était le médicament plutôt que la parole. » Plus tard, dans la même séance « Le médicament remplace la parole et le corps contient la colère ». Cette psychanalysante a refusé tout traitement médicamenteux et préféré venir tous les jours à ses séances.

 

Une patiente sans travail et sans logement est venue me rencontrer. Elle était sous antidépresseurs à ce moment-là. Récemment, elle a souhaité arrêter son traitement, ce qu’elle a fait de façon progressive en accord avec son médecin traitant. Elle a pu, pour la première fois, parler de son agressivité après l’arrêt total de son traitement. Elle disait alors que ses pulsions violentes ressortaient et qu’elle devait faire attention car cela pouvait être dangereux. Elle a depuis retrouvé une activité professionnelle, précaire certes, mais c’est un pas en avant comparé au moment où je l’ai rencontrée. De plus, elle se sent moins persécutée dans sa relation à l’autre et peut donc à nouveau intégrer le milieu professionnel.

 

Au travers de ses deux situations, j’ai voulu vous rendre compte du fait que les traitements médicamenteux ne peuvent être une fin en soi et une réponse adaptée à eux seuls. Articulés à une parole et insérés dans un maillage symbolique, ils peuvent permettre à l’être en souffrance de supporter l’insupportable de son existence.

 

L’objectif d’une cure qui va vers l’avant, est de permettre au patient de décider d’abandonner progressivement le médicament pour laisser place uniquement à la parole.

 

 

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