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L'interprétation des rêves (1900)



L'interprétation des rêves (1900)

Œuvres complètes IV « L’interprétation des rêves », S. FREUD

Chapitre I à V

 

En rédigeant L’interprétation des rêves, Freud pose les fondements de la doctrine psychanalytique. Il va plus loin que ses prédécesseurs dans l’analyse du rêve et rendant son œuvre unique mais aussi très complexe. Freud garde en effet, l’idée d’établir une science des rêves et à ce jour il ne semble pas exister un ouvrage allant aussi loin dans l’interprétation des rêves. Freud va en expliquer la source, les mécanismes mais aussi les principes techniques nécessaires à l’interprétation. Pour cela il prend appuie sur ses propres rêves mais aussi sur ceux de ses patients donnant ainsi une méthode d’analyse pour les cas normaux et pathologiques.

 

Concernant la démarche, Freud reprend les travaux et idées d’autres auteurs restant lacunaires. Même si chacun avance une idée intéressante sur le rêve, Freud s’en inspirera et réunira ses idées pour en faire un tout. Par exemple, chacun s’accorde à dire que le rêve détient un sens caché en procédant de façon voilée mais aucun n’explique pourquoi et comment : « les théories scientifiques du rêve ne laissent aucune place au problème d’une interprétation du rêve. »[1]

 

L’objectif principal de Freud est de démontrer que tous les rêves sont interprétables. Pour cela, toute la théorie du rêve repose sur le fait qu’il résulte d’un accomplissement de souhait : « … l’accomplissement de souhait est un caractère de l’activité de représentation commun au rêve et à la psychose. Mes propres investigations m’ont enseigné que c’est ici que se trouve la clé d’une théorie psychologique de rêve et des psychoses. »[2] L’analogie entre rêve et psychose sera plus largement reprise dans les deux derniers chapitres.

 

Il réunit la méthode consistant à remplacer le contenu d’un rêve par un symbole, méthode restant inefficace pour les rêves plus complexe et la méthode du chiffre consistant à interpréter chaque élément du rêve en prenant en compte la vie du rêveur, les circonstances du rêve. Pour la méthode du chiffre le procédé d’interprétation ne se fait pas sur l’ensemble du contenu. Quant à la première, elle ne prend pas en compte le fait qu’un même contenu chez un patient n’aura pas la même signification que chez un autre patient. D’ailleurs cette méthode répandue donne lieu à une collection importante de dictionnaire des rêves. Pour cette raison l’analyse d’un rêve ne peut se faire qu’à l’aide des associations faites par le patient sur son propre rêve.  Le patient doit donc se laisser aller à dire toutes les pensées qui lui viennent à l’esprit et s’abstenir de toutes critiques et de tous jugements. Il doit être placé dans un état similaire à celui qui précède l’endormissement où « les représentations non voulues » surgissent de par le relâchement d’une certaine action volontaire. »

 

L’analyse procède par fragment comme il en est question dans le rêve de l’injection faite à Irma où Freud en se livrant à ses associations, retrouve l’intention qui à provoquer le rêve, celui de le venger des remarques qu’Otto avait fait sur la guérison imparfaite d’Irma « en retournant le reproche sur lui-même. »[3]Ainsi dans le rêve c’est Otto qui est responsable de la souffrance d’Irma. Reste à savoir comment le rêve procède ? Où va-t-il chercher son contenu ?

 

En effet, le rêve s’exprime le plus souvent de façon déformé et l’on distingue le contenu manifeste – ce que figure le rêve – du contenu latent – sens voilé du rêve. Pour exprimer cette déformation il prend l’exemple du poète qui procède par métaphore pour éviter la censure : « Plus la censure s’exerce avec rigueur plus le déguisement sera poussé loin, plus souvent les moyens qui mèneront malgré tout le lecteur sur la piste de la véritable signification seront spirituels. »[4] Freud distingue donc deux instance psychiques : celle du souhait et celle de la censure, toutes deux aboutissant à la déformation du rêve. « Les rêves pénibles contiennent de fait quelque chose qui est pénible à la seconde instance, mais qui accomplit en même temps un souhait de la première instance.  Ce sont des rêves de souhait dès lors que tout rêve part de la première instance, la seconde se comportant seulement vis-à-vis du rêve d’une manière défensive, non créatrice. »[5] Quant est-il alors du rêve d’angoisse ? Il suscite un sentiment pénible et représente souvent à l’identique une situation, ou un sentiment que nous vivons en réalité et ceci va à l’encontre de la théorie de Freud de l’accomplissement de souhait. En s’appuyant sur plusieurs rêves de patients, il montre que c’est bien un souhait qui est exprimé au travers du rêve. Par exemple, lors du rêve de la mort de Karl, le fils de sa sœur, la patiente n’exprime pas un souhait de mort envers ce dernier, ni le fait qu’elle souhaitait le voir mort à la place d’Otto (décédé) qui était son préféré ; son souhait était de revoir le fameux ami de sa sœur pour qui un fort attachement n’avait pu donner suite à une union. Elle l’évitait et c’est à la mort du fils de sa sœur qu’elle le vît de nouveau. La veille du rêve elle avait acheté un billet pour assister à un concert où il était présent. Freud conclu qu’il s’agit d’un rêve d’impatience et qu’il manifeste le désir de le revoir. En rêvant de la mort de l’autre fils de sa sœur, la même scène se répètera, elle reverra l’ami de sa sœur.

 

Freud dégage alors deux principes propres, toujours en s’appuyant sur les rêves de ses patients, pour expliquer la formation de ces types de rêve qu’il nomme « rêves de contre-souhait » :

-          Lorsque qu’il apparait une résistance face au traitement.

-          Lors de la satisfaction des penchants masochistes du patient où il se produit un renversement en son contraire de la composante agressive sadique.

 

Il évoque pour la première fois le terme de refoulement pour évoquer ce type de rêve en expliquant que le déplaisir rend le rêve méconnaissable « parce qu’il existe une répugnance, une intention de refoulement vis-à-vis du thème du rêve… »[6]

 

Concernant les contenus et sources de rêve, Freud met d’abord en évidence le rattachement du rêve aux expériences vécues de la veille, comme le rêve de la monographie botanique où nous pourrons remarquer l’interprétation très poussée qu’en donne Freud. D’ailleurs je n’ai pas suivi tout le fil de ses associations et comme il le souligne à un certain moment, je me suis aussi posée la question de savoir si ses associations n’ont été qu’après coup ou si elles se rattachaient vraiment aux rêves. A partir de ces considérations, il nomme processus primaire les processus en charge de la déformation, processus non pathologiques.

 

Jusque là, rien n’est mentionné concernant les rêves traumatiques. Je pense aux rêves qui répètent un événement vécu. Peut-on parler d’accomplissement de souhait ou alors s’agit-il de rêve « non-réussi » ? En effet, Freud parle de rêve réussi « chaque rêve réussi est un accomplissement de souhait »[7] sans préciser ce qu’il entend par là. Cela a peut-être un lien avec les processus de secondarisation ?

 

En citant quelques rêves typiques, Freud développe le mythe Œdipien où Œdipe, à la quête de ses origines, est amené à tuer son père et à épouser sa mère. L’un des rêves typique qui en découle est la mort d’un des deux parents qui témoignent de désir précoce de l’enfant envers le parent de sexe opposé. Freud en fait un principe universel.[8]

 

Ces éléments nous permettent de mieux comprendre le travail complexe du rêve. On se rend bien compte que le récit d’un rêve peut ne faire que quelques lignes mais les associations liées à celui-ci sont sans limite en tout cas s’arrête lorsque que la significativité du rêve prend sens et se révèle au rêveur.

 

 

 

 

 



[1] p. 131

[2] P. 125

[3] P. 154

[4] P. 178

[5] P. 181

[6] P. 195

[7] P. 273

[8] P.296

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