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Découverte de la psychanalyse avec l'hystérie : abandon de l'hypnose et début des associations libres



Découverte de la psychanalyse avec l'hystérie : abandon de l'hypnose et début des associations libres

Etudes sur l’hystérie, S. Freud, 1895.

Ouarda Ferlicot


La femme hystérique n’a cessé de faire parler d’elle et ceci depuis l’Antiquité où elle était considérée comme un animal, du Moyen Age à la Renaissance comme une sorcière possédée par le diable qu’il fallait chasser à tout prix, enfin, au milieu du 18ème comme une femme malade qu’il fallait enfermé dans un hospice.

Bien entendu, plusieurs courants se succèdent et Freud fait partie de la génération de ceux qui ont rendu humanité aux femmes hystériques. S’inspirant à la fois de Charcot, très contesté pour s’être servi de ses patientes comme des cobayes, Freud conservera de lui l’idée d’une origine traumatique dans les symptômes hystériques. Il s’inspirera également de Bernheim à qui il reprendra l’idée de suggestion qu’il abandonnera par la suite. Même si les praticiens de l’époque s’accordent pour reconnaître l’importance du facteur sexuel dans la genèse des symptômes hystériques, seul Freud résoudra l’énigme de l’hystérie.

Il sera formé à l’hypnose par Breuer qui le prend sous son aile. De cette collaboration naîtront les Etudes sur l’hystérie qui est le fruit d’un long accouchement entre les deux auteurs mais aussi le lit d’une discorde au point de vue théorique à la fois sur l’hystérie et sur la sexualité. La dernière partie écrite par Freud en témoigne, puisqu’il écrit en son nom propre et refuse d’inclure Breuer. S’ils avaient publié chacun de leur côté le résultat en aurait été le même tant leur façon de voir l’hystérie est différente. Breuer met à distance l’hystérie, tandis que Freud cherche à se l’approprier, à l’approcher de plus près et à en comprendre les réels mécanismes.

Pour soigner l’hystérie, les auteurs utilisent l’hypnose. Pourquoi cette technique est utilisée ? Tout d’abord c’est parce que les patientes sont incapables de se souvenir de l’événement déclencheur situé loin dans le passé mais aussi parce qu’elles sont réticentes à en parler. Ainsi, ce qui ressort des observations cliniques, c’est l’apparition d’un événement au cours de l’enfance qui entraîne un processus pathologique, la névrose. Les auteurs distinguent ainsi deux types de névroses : la névrose déterminée par une émotion comme la frayeur qui a la valeur d’un choc psychologique et l’hystérie banale composée de plusieurs traumatismes qui s’additionnent et se conjuguent formant un nœud traumatique.

Qu’est-ce qui provoque ce traumatisme ? Les auteurs évoquent une « réaction énergique » face à un événement. « Le traumatisme psychique et, par suite, son souvenir agissent à la manière d’un corps étranger qui, longtemps encore après son irruption, continue à jouer un rôle actif. » Plus tard, il parlera d’effraction de la barrière psychique pour le traumatisme.

En effet, lorsque cette réaction, qui consiste à exprimer son sentiment du moment face à un événement, est entravée, alors l’affect se trouve attaché au souvenir par là même coincé. Une fois l’incident déclenchant retrouvé, mais surtout à la verbalisation de l’affect lié à cet incident, les symptômes hystériques disparaissent. L’affect coincé est donc liquidé par la verbalisation.

Les auteurs semblent satisfaits de leur méthode qui aurait guéri leurs patientes. Or, on sait aujourd’hui qu’aucune n’aura vraiment été guérie et toutes garderont les symptômes de leur pathologie à commencer par Anna O. soigné par Breuer. On lui accordera l’invention de la psychanalyse en donnant le nom de « talking cure » (cure par la parole) au procédé de la méthode cathartique.

Dans le récit de ce cas, il est fait d’emblée une place au traumatisme psychique et à la méthode cathartique, c’est-à-dire à l’élimination des affects pathogènes par la parole. Seulement, il est frappant de constater qu’aucune place n’est laissée à la sexualité. Breuer s’attarde de façon précise à la description des symptômes et à la façon dont il les traite. Mais ayant relu plusieurs fois ce cas, ce sont surtout les termes choisis pour parler d’Anna et de ses symptômes qui ont retenu mon attention. Le terme de psychose y est utilisé à plusieurs reprises : « Cette persistance d’une pensée claire pendant les manifestations psychotiques se traduisait d’une façon très curieuse façon. » Il est notamment question d’un phénomène de double conscience, sauf que chez Anna O. il s’agit plutôt d’une psyché scindée en deux où une partie d’elle se livre à des rêveries au sein d’ « un théâtre privée » et l’autre serait consciente. Nous constatons ici les effets d’une nosographie encore flou qui peine encore a distingué la névrose de la psychose.

Emmy Von N. est traitée par Freud. Le style est différent et Freud s’efforce d’entrer plus en profondeur dans l’analyse de la névrose de sa patiente. Sur le plan technique, il y a beaucoup à dire. Tout d’abord, Freud commence à s’abstenir de l’hypnose. Il se rend compte que toutes les patientes ne sont pas hypnotisables et c’est ce qui se produit avec Emmy : « les séances d’hypnoses devinrent bientôt infructueuses et je ne les utilisai plus que pour lui donner des instructions. » Ensuite, il poursuit en remettant en cause les techniques de Bernheim sur la suggestion : « j’étais alors tout à fait partisan des idées de Bernheim relatives à la suggestion et en attendais plus que je n’en attendais aujourd’hui. » Tout ceci est en faveur du début des associations libres qui ont été aussi imposé par Emmy et Freud n’a d’autres choix que de l’écouter : « et quand je lui demande si elle voit beaucoup de bêtes, elle me répond seulement : « Oh ! Taisez-vous ! ».

Pourtant, cette remise en cause de l’utilisation de la suggestion ne va se faire que très lentement et l’on peut découvrir un Freud qui se montre très autoritaire : « je lui interdis de s’effrayer sans motif. Elle promet de m’obéir « parce que vous l’exigez ». 

Cette soumission est inutile et est loin de résoudre le conflit : « …j’agissais par suggestion autoritaire […] Une semblable promesse, reposant seulement sur de la soumission à mon égard, n’avait jamais de résultats vraiment favorables. »

Une longue note montre que Freud s’intéresse déjà au rêve et à la compulsion de répétition en analysant ses propres rêves : "Je réussis à ramener ces rêves à deux facteurs : 1) A la nécessité d’élaborer les représentations sur lesquelles je n’avais fait que jeter un coup d’œil pendant la journée et qui n’avaient pas été liquidées ; 2) A la compulsion à relier ensemble des choses présentes à un moment donné dans un certain état de la conscience. Il fallait attribuer à l’action souveraine de ce dernier facteur les contradictions et l’absurdité des rêves."

Un autre point est intéressant à souligner concerne la notion de transfert. Lorsque Freud évoque « une tentative de transfert qui échoue » , le terme est ambigu et l’on peut se demander de quel transfert il parle. S’agit-il du transfert d’Emmy d’un médecin à un autre ou d’un transfert d’amour d’un médecin à un autre ? Cette notion ne sera théorisée que quelques années plus tard, cependant, nous supposons que la prise en charge de cette patiente par un autre médecin échoua suite à un transfert négatif.

Avec Lucy R., qui souffre d’une hallucination olfactive (une odeur de brûlé), Freud fait encore un pas de plus et abandonne l’hypnose. Il lui propose de s’allonger, de fermer les yeux et de se concentrer. Mais il persiste et s’adonne encore à la suggestion voire à des simulacres d’actes censés aider la parole des patientes à se libérer, où une simple pression sur le front permet à la patiente de livrer l’évocation du bon souvenir.

Freud tâtonne et il lui manque encore beaucoup d’éléments pour avancer réellement dans la théorisation de la névrose. L’utilisation du terme refoulement est omniprésente mais il lui manque la conception de l’inconscient pour en comprendre le complet mécanisme. Car s’il y a refoulement d’une représentation gênante, il ne précise pas encore où cela est refoulé. En effet, il attribue à l’hystérie une cause psychique car « il faut qu’une certaine représentation ait été intentionnellement refoulée du conscient et exclue de l’élaboration associative. »

Ce n’est qu’à la fin du cas que Freud utilise pour la première fois le terme d’inconscient sans même l’avoir développé.

Lorsque le symptôme disparaît au profit d’un autre, l’odeur de la fumée de cigare, c’est l’occasion pour Freud de critiquer les thérapies centrées sur le symptôme, critique actuelle avec les thérapies du type cognitiviste. Concernant la méthode, on constate que Freud avance sur le terrain de la méthode psychanalytique, puisqu’il procède par interprétation et reconstruction.

Avec Katharina, Freud franchit le cap, et donne une illustration de ce que sera réellement l’analyse. Pas d’hypnose, pas de suggestion, c’est pour moi le plus beau cas des Etudes sur l’hystérie. Il s’entretient avec elle alors qu’il la rencontre au sommet d’une montagne. Il résout l’énigme de ses symptômes en découvrant que l’événement où son oncle couche avec sa cousine est venu réveiller celui où ce dernier lui avait rendu visite dans son lit et où elle l’avait repoussé. Le dégoût ressenti est lié à la première scène d’où les vomissements pendant trois jours. Cela permet à Freud d’allier corps et langage. Il utilise ainsi la métaphore des hiéroglyphes à déchiffrer pour parler des symptômes hystériques.

Il découvre que dans tous les cas d’hystéries fondées sur des traumatismes sexuels, ce qui est traumatique sont les impressions à une époque présexuelle sans effet sur l’enfant, mais qui, une fois acquis la notion de sexualité, prendront sens.


Pour consulter un psychothérapeute ou un psychanalyste en cas de traumatisme près de Nanterre, contacter Ouarda Ferlicot au 06.22.79.39.34. Un rendez-vous pourra vous être proposé rapidement.

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