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Compte-rendu du débat sur "Faut-il médicaliser la dépression ?"



Compte-rendu du débat sur "Faut-il médicaliser la dépression ?"

Compte-rendu : Débat public sur la psychiatrie d’aujourd’hui et de demain

« Faut-il médicaliser la dépression ? »

Ouarda ferlicot, à Nanterre.

Le 9 octobre 2015 à 21h00 à l’hôpital Saint-Anne s’est tenu un débat public à l’initiative du Collectif STOP DSM intitulé « Faut-il médicaliser la dépression ? ». Une série de débats sera mis en place en prenant model sur les débats anglais de Londres, « Maudley’s Hospital Debates » pour permettre à des intervenants de la psychiatrie avec des avis, orientations différentes, d’échanger sur un sujet crucial en psychiatrie et de relancer le débat avec les différents acteurs de la psychiatrie.

Chacun des intervenants à ce débat est invité à la tribune pour parler pendant dix minutes. Leur place est représentative d’une position qu’ils défendent, à savoir pour ou contre. A l’issue de ces dix minutes, l’intervenant cède la place à l’intervenant suivant.

Au bout d’une heure, après intervention de tous les intervenants, la parole était laissée au public avec un droit de réponse de la part d’un des membres de chaque camp.

Le Professeur Jean-Pierre Lépine introduit le thème de la dépression en posant la question de sa définition « qu’est-ce que la dépression ? » mais aussi « qu’est-ce que le modèle médical ? ». Il souligne ainsi la polysémie du terme de dépression dans ce qui peut être clinique ou non clinique. Il cite l’exemple d’une étude en Suède où sur 50 ans 6 pour cent de la population meurt par suicide. Le problème que pose la dépression est fréquent et comporte des risques. Concernant me modèle médical, il ne peut être conçu de façon caricatural.

Pour le Professeur François Pommier, la prescription médicale doit être indiquée si nécessaire. Pour lui la dépression est la maladie du manque, elle donc propre à la condition humaine. Il cite le cas de personnes qui semblent dans la tristesse intense après une grande réussite ou après l’accouchement.

La dépression pose la question du diagnostic plutôt que celle du traitement. Faut-il considérer la tristesse comme un symptôme parmi d’autres dont l’art du clinicien est de déterminer la cause que le symptôme vient cacher ?

Il rappelle enfin qu’aucune preuve organique, aucun marqueur biologique de la dépression n’existent. Pour lui, la dépression n’est pas une maladie.

Le Professeur Antoine Pelissolo appelle des chiffres : 10 à 12000 suicides par an et 70 à 80 pour cent des suicidés ont été déprimés avant leur suicide. Le médicament est du ressort du médecin. Il note également des dérèglements organiques comme la transformation ou la réduction de la taille des hippocampes (impliqués dans la mémoire), les dysfonctionnements immunitaires et inflammatoires.

Il cite un article publié dans la scientifique Nature en 2014 qui remet en question de la recherche sur le modèle des animaux pour la dépression. Alors que pour les véritables maladies, la recherche produit des résultats, dans la dépression, c’est l’inverse, plus l’on fait de la recherche plus il y a de dépressif dans le monde.

Sur le traitement, l’Académie de médecine a donné un rapport pour dire qu’il n’y avait pas d’évolution avec les traitements médicamenteux. Il termine alors que cette question « Pourquoi considérer la dépression comme une maladie ? »

A partir des arguments de chaque intervenant, chacun pourra se faire une idée sur cette question cruciale de considérer ou non la dépression d’un point de vue médicale.
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