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Conférence « Comment prévenir l’inceste, dépister et protéger les victimes mineurs ? »



Conférence « Comment prévenir l’inceste, dépister et protéger les victimes mineurs ? »

Le mercredi 19 novembre je me suis rendue à la conférence « Comment prévenir l’inceste, dépister et protéger les victimes mineures ? » organisée par l’association AIVI (Association Internationale des Victimes de l’Inceste) au Ministère de la Santé.

 

Tout d’abord, j’ai été frappé par ses chiffres : 2 millions de victimes en France, chiffre approximatif, puisqu’il semble concerner dix fois plus de victimes. Le Conseil de l’Europe, lui, établi qu’un enfant sur cinq est victime d’agression sexuelle dont 80% d’inceste.

 

Madame Isabelle Aubry, Présidente de l’association AIVI a d’ailleurs rappelé la quasi-inexistence de recherche en France sur l’inceste, et par conséquent un manque de statistiques fiables. Elle fait également remarquer que le terme même d’ « inceste » reste encore tabou puisqu’il est aujourd’hui plus facilement remplacé par le terme de «pédophilie » et de « viol ».

 

Cela renvoie à la question suivante : peut-on parler de la même chose qu’il s’agisse de pédophilie, de viol ou d’inceste ? L’AIVI caractérise l’inceste comme « tout acte de nature sexuelle commit sur un mineur de 0 à 18 ans par un membre de sa famille ». Et là encore les chiffres sont effarants. 72% sont commis par le père, le frère ou le grand-père. Y a-t-il ici quelque chose a interrogé du côté de cette loi symbolique qui ne s’inscrit pas ? Loi symbolique qui vient marquer un interdit et donc une limite constitutive et protectrice pour l’être humain.

 

Autre point important, 73% des victimes parle de l’inceste en dehors de leur cercle familial. Les professionnels de santé sont surreprésentés avec en tête le médecin généraliste et le « psy » (toutes catégories confondues).

 

Il s’agit donc ici d’un « drame de l’ombre », pour reprendre les mots de Cédric Grouchka, membre du Collège de la Haute Autorité de Santé, qui se perpétue et s’accentue dans notre société. En témoigne, le nombre des condamnations des crimes d’inceste au XIXème siècle comparé à aujourd’hui qui ne cesse de diminuer. Plusieurs raisons sont en cause : la parole de l’enfant n’est pas toujours entendue pour ce qu’elle est, le parcours judiciaire qui multiplie l’éparpillement de cette parole au travers de plusieurs interlocuteurs, le manque de formation des personnes qui auditionnent l’enfant, et puis le fameux syndrome d’aliénation parentale (SAP) que j’ai découvert au travers de cette conférence. Le SAP a été introduit dans les années 80 par Richard A. Gardner, pédopsychiatre, qui consiste pour l’enfant à dénigrer de façon continue le parent et sans justification. Ce trouble serait le résultat de l’endoctrinement du parent aliénant. Pour précision, le SAP, même s’il est véhiculé dans les tribunaux, ne possède aucune validité scientifique ni médicale et n’apparaît ni dans la CIM (Classification Internationale des Maladies) ni dans le DSM IV (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux).

 

Cette dérive, comme c’est le cas ici du SAP, n’est que le fruit de l’abandon d’entités cliniques toujours d’actualités, celles qui se situent dans la lignée freudo-lacannienne, à savoir névrose, psychose et perversion.

 

L’apparition de nouveaux syndromes ou symptômes ne font que répondre à une logique imaginaire, comme le souligne Fernando de Amorim, où quelqu’un croit inventer quelque chose de nouveau alors qu’il ne s’agit que de demande de reconnaissance. Ce manque de rigueur clinique, loin de faire science, ne vient qu’apporter confusion et embarras aux professionnels.

 

Personne ne gagne dans cette logique, ni le patient ni la société.

 

Une clinique bien ficelée demande du temps, de la patience et de la rigueur afin que l’être qui souffre dans sa vie puisse trouver quelque chose de solide à quoi s’accrocher.

 

Pour que cela soit possible, il est important que les médecins et les psychanalystes travaillent ensemble puisqu’ils sont les premiers concernés par la révélation. C’est pourquoi au RPH nous avons mis en place une clinique de partenariat entre médecin et psychanalyste ce qui a pour effet une diminution de la consommation de médicaments voire même l’arrêt du traitement médicamenteux quand cela n’est plus nécessaire ainsi qu’une diminution des consultations médicales et chirurgicales. De plus le patient ou le psychanalysant retrouve un apaisement dans sa vie ainsi que ses capacités à agir pour lui-même et à être au monde.

 

Ouarda Naït Mouhoub-Ferlicot, à Nanterre.

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